Le Comté de Chartres

Voici les monnaies du Comté de Chartres que je possède :

 

- Denier anonyme Bléso-Chartain pour Jean et Jeanne de Chatillon

 

On connaît mal l’évolution urbaine de Chartres entre le iiie et le xe siècle : la cité antique semble s’être effacée au profit de petits villages autonomes. Les premières installations de bâtiments chrétiens, attestés par quelques textes, laissent supposer qu’à la fin du vie siècle nombreux étaient les établissements religieux à Chartres, alors dirigés par l’évêque. En743, la ville est prise par Hunald Duc d'Aquitaine et brulée.

Au ixe siècle, les Normands ravagent les terres environnantes à plusieurs reprises et, en juin 858, détruisent la ville et probablement la cathédrale. Celle-ci est reconstruite, tandis que les Chartrains érigent les premiers remparts. En 876, un don de Charles II le Chauve, le Voile de la Vierge, est à l’origine d’un important pèlerinage qui fait ensuite la richesse de la cité et la puissance des institutions religieuses locales. Le 16 février 886, les Danois de Sigfried attaquent sans succès la ville et perdent 1 500 hommes.

Lors d’une autre attaque, en 911, le chef normand Rollon se heurte à la résistance qu’organise l'evêuqe Gantelme. À l’approche des renforts, l’évêque n’hésite pas à faire diversion. D’après un récit du xiie siècle, il fait fuir l’ennemi en brandissant la chemise de Marie, le Voile de la Vierge, relique majeure de la cathédrale. Cette victoire, attribuée à l’intercession de la Vierge elle-même, ne fait qu’accroître dans les siècles suivant le rayonnement du pèlerinage qui, à la faveur des dons, facilite le financement de la cathédrale actuelle.

Une autre source de cette puissance réside dans la richesse de la Beauce où le chapitre de la cathédrale possède de grands domaines. C’est de cette richesse et de cette puissance que découlent les cathédrales successives. Cet éclat matériel se double alors d’une grande renommée intellectuelle. L’évêque Fulbert de Chartres se trouve à l’origine du développement de l'Ecole de Chartres qui s’épanouit pendant près de deux siècles. À côté de maîtres célèbres comme Thierry de Chartres ou encore Bernard de Chartres, l’évêque Yves de Chartres fut l’un des grands canonistes de l’Église.

Au xe siècle, la présence de Thibaud le Tricheur dans son château modifie la répartition des pouvoirs au sein de la ville. Le renouveau économique autour des métiers de la rivière, soutenus par le comte et l’évêque, jette les bases du développement urbain à venir. Dans le domaine politique et militaire, le roi de France Louis VI le Gros réduit à merci, au prix d’une longue lutte, le sire du Puiset, dont la puissance était un défi à la monarchie.

Durant la Renaissance du XIIème siècle, s'épanouit à Chartres une pensée novatrice, nourrie par la redécouverte du platonisme, qui fait la richesse de l'« esprit chartrain » selon l'expression de Jacques Le Goff. Un esprit qui découle directement de la rigueur grammaticale et de la curiosité scientifique de l'enseignement de Bernard de Chartres, basé sur les anciens, et dont les propos à ce sujet, rapportés par Jean de Salisbury, sont devenus parmi les plus fameux de l'histoire intellectuelle :

« Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, ainsi pouvons-nous voir mieux et plus loin qu'eux, non que notre vue soit plus perçante ou notre taille plus élevée, mais parce que nous sommes soulevés en l'air et portés par leur hauteur gigantesque. »

Cette région, au centre de la France et au cœur des domaines royaux, endure les conséquences de la guerre de Cent ans. C'est à Brétigny, petit hameau au sud de Chartres, qu'est signé le 8 mai 1360 un traité marquant une trêve entre les Anglais et le roi de France Jean le Bon. Plus tard, c'est au sud du département que se joue l'épisode mémorable de la bataille des Harengs. Un convoi de vivres, venu de Paris et destiné aux assiégeants d'Orléans, fait l'objet d'une tentative de destruction par les assiégés de cette ville qui avaient fait une sortie hors de leurs murs.

Cette ère de prospérité connaît un regain, d’ordre architectural, aux xve et xvie siècles. La qualité des églises atteste l'ampleur du mouvement religieux et la prospérité économique des xiie et xiiie siècles.

Au xvie siècle, malgré les troubles religieux, la ville de Chartres reste fidèle au culte catholique. Mais la fertilité du pays et les avantages financiers que la cité tire du ravitaillement de la capitale suscitent la convoitise des différents partis huguenots et catholiques. Après avoir été l’apanage de Charles de Valois, père de Philippe VI, le comté de Chartres est érigé en duché par François Ier en 1528 au profit de Renée de France, duchesse de Ferrare. En 1568, la ville est assiégée par le prince de Condé, puis le 19 avril 1591, par Henri IV. Malgré la résistance de la ville, il est sacré le 27 février 1594 en la cathédrale de Chartres : il est le seul roi de France sacré dans cette cathédrale et non pas à Reims. Plus tard, Louis XIV donne le duché de Chartres à la maison d’Orléans, dont l’héritier porte, jusqu’à Louis-Philippe, le titre de duc de Chartres.

Les Deniers du Comté de Chartres

PA#1742 - Denier anonyme Bléso-Chartain pour Jean et Jeanne de Chatillon (1270-1286)

1,2gr - 22 mm

 

 

Avers / Anépigraphe

PTHOMARTIR

 Type Bléso-Chartain cantonné de deux globules, timbrée d'un besant, au-dessous, un lys tourné à droite

 

Revers / Début de légende à 12 heures, cercle perlé.

+CARTIS. CIVITAS

Croix cantonnée au 3 d'un besant

 

Commentaires sur mon exemplaire :

Joli denier avec une usure générale avancée mais très agréable à contempler.

Jean de châtillon (?-1279 ou 1280)

Biographie :

Jean de Châtillon, comte de Blois, puis de Dunois et de Chartres, seigneur d'Avesnes, de Guise, mort le 29 juin 1279, ou le 2 mai 1280 à Chambord.

En 1271, il est nommé par le roi Philippe le Hardi, tuteur, défenseur et garde du Royaume, et de ses enfants, si le comte d'Alençon venait à mourir (celui-ci épousera sa fille Jeanne).

La même année, il fonde le couvent des frères prêcheurs de Blois, puis fait bâtir, avec sa femme, en 1273, l'abbaye de la Guiche.

Fils aîné, du mariage en 1230, de Hughues de Châtillon (v.1196-1248), comte de Saint-Pol, et de Marie d'Avesnes († 1241), comtesse de Blois, dames d'Avesnes et de Guise (fille de Gautier d'Avesnes). Il a pour frère Guy de Châtillon (1225-1289), comte de Saint-Pol.

Mariage et descendance :

Marié en 1254 à Alix de Bretagne (1243-1288) (alors âgée de 11 ans), ils eurent :

  • Jeanne (1253-1291), promise en 1263, épouse en 1272, Pierre de France(† 1283), comte d'Alençon et de Valois.